Visite à L'Arche Haïti
Le petit avion bimoteur vient de percer le plafond de nuages, et tout à coup, Port au Prince est là. Une mosaïque dans les tons beige, parsemée de bleu et blanc, couleurs des bâches et des tentes, couleurs qui dominent le paysage de Port au Prince vue d’en haut.
Après les inévitables «blocus», nous arrivons enfin dans la commu- nauté. La fin de parcours est très difficile. La plupart des maisons sont écroulées. Les occupants se sont installés sous la tente, directement dans la rue puisque leur terrain est impraticable. La rue est donc occupée par les tentes, et les gigantesques tas de gravats, lentement déblayés à la main.
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Le portail de la communauté est ouvert. Je suis accueilli comme on sait le faire à Carrefour. J’entre dans la cour qui a tout d’un camp de réfugiés depuis que des voisins et amis se sont réfugiés sur le terrain. Chaque recoin est littéralement occupé. Les 3 foyers sont condamnés. Deux d’entre eux devront être démolis.
Depuis le 12 janvier, Jacqueline est non seulement responsable de communauté, mais bien d’un petit village de 70 personnes qui doivent apprendre à vivre ensemble, partager l’espace, et les corvées…Il était donc sage d’envoyer à la communauté de Chantal, située en zone rurale et non affectée par le séisme, une douzaine de personnes pour qui la promiscuité et ce grand groupe auraient été insupportables.
La saison des pluies arrive, accompagnée des inévitables inondations. Il est clair que les tentes ne résisteront pas aux grands vents qui marquent la saison «cyclonique». Le conseil s’affaire donc à entreprendre leur remplacement par des cabanes en bois et tôle. Cela est d’autant plus urgent que la taille des tentes ne permet pas l’installation de lits. Les fonds récoltés sont donc utilisés en priorité pour faire face à l’urgence dans un contexte où la moindre démarche demande beaucoup, aménager le provisoire, et préparer l’étape de reconstruction qui ne sera pas rapide.
Dans le peu de temps passé à Carrefour, je n’ai vu ni pelle mécanique, ni bulldozer, ni signe de reconstruction. J’ai vu tout un peuple qui a vécu un grand trauma, a beaucoup perdu, et pleure encore ses morts. Un après-midi pendant la sieste, une réplique de 7,9 a réveillé tout le quartier, et chacun de courir en tout sens pour tenter de fuir le «goudougoudou» (tremblement de terre en créole) qui a alimenté la conversation pour le reste de la journée.
Évidemment de nombreuses questions se posent: où, quoi et comment reconstruire?
Je repars de Port au Prince avec un profond respect pour le peuple Haïtien, le souvenir des enfants souriants jouant dans les décombres, et une appréciation renouvelée de chaque minute vécue, sachant que tout peut être
Jean-Christophe Pascal
Coordinateur international
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