Je reviens tout juste d’un voyage de 10 jours avec Jean dans la merveilleuse communauté de Saint Martin au Kenya. Jean-Christophe y était allé l’an dernier et avait ouvert pour nous le chemin. Jean était invité à donner trois discours à Nairobi et une retraite à Nyahururu, une ville située à 3 ou 4 heures de Saint Martin.
Afin d’être à nos côtés, 39 personnes de la communauté de L’Arche en Ouganda ont voyagé 14 heures dans un autobus en provenance de Kampala.
Au cœur de la communauté de Saint Martin, on retrouve Dorothy et Maimuna, deux belles jeunes femmes dans le début de la vingtaine, ayant toutes les deux de lourdes déficiences physiques.
Lorsque nous les avons rencontrées, elles étaient couchées sur des matelas au sol, Dorothy sur le ventre et Maimuna sur le dos, pendant que la communauté soupait ensemble. Pour manger, elles recevaient une aide attentionnée de leur voisin ou bien mangeaient directement dans leur assiette avec leur bouche.
Après le repas, pendant que la communauté dansait sur des rythmes joyeux, Dorothy et Maimuna se tortillaient et frémissaient de joie au son de la musique. Et leur capacité de communiquer est très développée !
Je ne connais aucun mot kiswahili, alors heureusement qu’elles parlent toutes deux un peu l’anglais. Dans leurs yeux, ont peut y voir tout l’amour qu’elles portent en elles.
L’esprit de la communauté de Saint Martin est très similaire à celui de L’Arche. Les Béatitudes sont vécues quotidiennement et l’œcuménisme est des plus vivants. L’unité et l’amour au sein des membres de la communauté sont palpables, traduisant ainsi la présence de Dieu.
Saint Martin a vu le jour il y a 10 ans après qu’un prête catholique local, le Père Gabriele, eut accepté de bénir un foyer. Dans ce foyer, il a rencontré Thomas, un homme ayant une déficience intellectuelle, qu’on gardait caché dans une armoire, dans sa propre crasse. Trois semaines après cette rencontre, Thomas est décédé, mais Saint Martin est tout de même née de cette rencontre.
Touché grandement par Thomas, le Père Gabriele a réuni une petite équipe pour déterminer les besoins des personnes comme Thomas et pour trouver des solutions. Cette équipe était composée d’Ans, une Hollandaise de religion protestante, qui était au Kenya avec sa famille à l’emploi d’un ONG. Les autres membres de l’équipe étaient des Africains.
Dans une superficie de 50 km2 entourant le diocèse dans laquelle on retrouve une population d’environ 400 000 habitants, l’équipe a repéré environ 2000 personnes ayant une déficience intellectuelle qui, tout comme Thomas, vivaient cachées dans des circonstances similaires. Ensemble, ils ont commencé à prier et à rêver d’une vision différente, d’une communauté de Béatitudes où les cris et les pleurs de ceux dans le besoin, sauraient transformer ceux venant à leur rencontre.
Au fil des années, ils ont découvert et répondu aux besoins de différents groupes dans le même domaine : les enfants de la rue, des orphelins abandonnés dont les parents sont morts du SIDA et qui étaient souvent eux-mêmes séropositifs, des femmes violentées, des enfants victimes d’abus sexuels, etc.
Un bénévole Kényan rencontre chaque personne dans le besoin dans sa communauté locale afin de déterminer les problèmes auxquels elle fait face, pour lui fournir une éducation et pour impliquer les gens de son entourage.
Le bénévole encourage les membres de ce groupe à trouver des solutions aux problèmes identifiés et à offrir l’aide qu’ils peuvent. Une fois qu’on s’est mis d’accord sur un plan, des bénévoles font des visites fréquentes afin d’offrir des encouragements, des conseils et un soutien amical.
Graduellement, la communauté impliquée se sent capable d’aider les siens et se voit ainsi transformée. L’expérience de Saint Martin implique une transformation des membres de la communauté et des bénévoles au fur et à mesure qu’ils aident ceux dans le besoin. Cet appel à la transformation est au cœur de la communauté de Saint Martin, tout comme il l’est pour L’Arche.
La force de Saint Martin réside dans ses bénévoles – ils sont maintenant plus de 1000 provenant de différentes classes sociales – qui travaillent pour aider ceux dans le besoin. Souvent, ceux qui ont reçu de l’aide de Saint Martin deviennent eux-mêmes bénévoles permettant à la communauté de grandir, offrant en témoignage leurs propres expériences.

La structure organisationnelle de la communauté représente un triangle à l’envers, avec les bénévoles au-dessus. Les bénévoles reçoivent une formation professionnelle et spirituelle à travers des rencontres de partage hebdomadaires et des séminaires éducatifs. Tous sont encouragés à partager leurs expériences et difficultés dans une atmosphère d’humilité, de patience et de respect. C’est à travers ces partages que de nouveaux besoins et de nouvelles orientations sont identifiés.
En petits groupes, on réfléchit sur des écrits, dont ceux de Jean, ce qui permet de partager les ressources et renforcer la solidarité. La communauté était donc ravie de recevoir Jean lors de la retraite. Tous étaient préparés, de cœur et d’esprit, à recevoir l’enseignement de Jean.

À la fin de la retraite, nous nous sommes mutuellement lavé les pieds en signe d’unité. Certains craignaient que ce rituel pose des problèmes d’ordre culturel. Certains ont choisi d’avoir leurs mains lavées plutôt que leurs pieds. Toutefois, en général, ce fut une expérience remarquable dont la plupart vont se rappeler longtemps, ce qui confirme que ce rituel peut transcender les différences culturelles.
Plus tôt cette année, la communauté de Saint Martin, pour remplir sa mission d’unité et de paix, s’est sentie appelée à répondre à la violence post-électorale faisant rage au Kenya.
À l’intérieur de quelques jours, la communauté avait reçu le soutien des dirigeants de toutes les dénominations religieuses. Ils se sont entendus pour faire une marche de la paix à Nyahururu. Ils ont pu également développer, imprimer et distribuer largement un «livret sur l’unité» qui contenait notamment des citations de Martin Luther King, mahatma Gandhi et Jean Vanier. Ces initiatives de paix constituaient un puissant symbole d’espoir et de paix face à la violence et la peur qui sévissaient.
Saint Martin incarne une nouvelle vision, les membres d’une communauté qui se donnent la main, rendant ainsi cette communauté plus forte, capable de se soutenir dans un esprit d’œcuménisme et d’amour.
Vous pouvez en apprendre davantage sur cette communauté et même visionner une vidéo en visitant son site Internet à l’adresse www.saintmartin-kenya.org
Martha Bala
* Martha Bala lived at l'Arche in Trosly 1973-4, and in Kolkata 1974-8. She is not living in a L'Arche community now, but L'Arche has never left her heart.
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