Nicolas, pourquoi une charte des communications faites par des personnes accueillies à L'Arche et comment s'est-elle mise en place?
Nicolas Favreau : Nous pensons que les personnes avec une déficience intellectuelle sont particulièrement douées pour communiquer, pour créer du lien, et que la communication ne se résume pas à des campagnes de recrutement vers des cibles prédéfinies. L’Arche est un projet de société qui doit être entendu par le plus grand nombre. C’est l’une des conclusions majeures du processus identité mission.
Il nous semble important que les personnes avec un handicap soient au cœur de cette communication. A L’Arche à Paris, nous sommes de plus en plus amenés à exprimer ce que nous vivons à l’extérieure de la communauté à travers les médias et des supports de communications.
Au-delà des problèmes juridiques que cela pose, on voulait établir un pacte de confiance avec les personnes ayant un handicap, en discuter ensemble pour ne pas faire n’importe quoi. Communiquer oui, mais comment ? Pourquoi ? Avec qui ? Et sur quelle base ?
On a proposé à toutes les personnes qui le voulaient de se réunir dans un foyer pour échanger sur cette question, à l’aide d’un montage powerpoint avec des photos et un texte cible. Le groupe était très harmonieux mais partagé. Les échanges furent d’une qualité incroyable et pleine d’émotions. Ce fut très intense. A la suite de cette rencontre, les principes de la Charte étaient définis.
Que dit la Charte de la communication?
NF : Tout d’abord elle définit nos buts. Pourquoi communiquer ? Pour recruter des assistants, demander des dons, expliquer ce qu’est l’Arche, mettre en valeur les personnes avec un handicap et ce qu’elles peuvent apporter, pour aider le public à reconnaître leur place dans la société et pour permettre aux personnes qui ont un handicap de s’exprimer dans la société.
Nous avons ensuite listé de façon exhaustive tous les supports de communications (dont les plus modernes comme les téléphones portables). Puis nous avons établi le cadre en listant un certains nombre de conditions : comme par exemple que le traitement reflète la réalité de ce qui est vécu à L’Arche. Les termes employés sont simples, nous ne voulions pas d’une usine à gaz trop compliquée. Il fallait une charte des communications qui parle à tout le monde .
Quels sont les principes qui sont à la base de cette Charte ?
Le principe de base est que les personnes avec un handicap soient d’accord. Cela peut aller de soi mais le législateur ne pense pas toujours à tout. En particulier, à demander aux intéressés ce qu’ils en pensent.
Est-ce que cette Charte a une valeur juridique?
NF: Une charte n’a aucune valeur juridique, c’est pourquoi nous avons demandé à un avocat d’établir un document contractuel (Autorisation de diffusion de l’image à des fins non commerciales) en conformité avec la législation française en matière du droit à l’Image. Nous lui avons demandé d’intégrer dans ce document notre charte de la communication, ainsi que la notion d’anonymat et le droit à se rétracter pour les représentants légaux
Comment avez vu pu obtenir adhésion non seulement des personnes mais également des familles et des représentants légaux?
NF : Nous avons d’abord invité les familles et les représentants légaux à une assemblée pour prendre le temps de leur expliquer point par point ce que contient cette charte, puis nous avons diffusé le clip de la Fête des Voisins 2007 (diffusé sur Internet - voir au bas de la page) comme exemple de support de communication.
Il y a encore des peurs et de l’incompréhension chez certaines familles. Il faut expliquer, dialoguer. Nous avons besoin de tout le monde pour créer une communication sereine et efficace. Cela prend du temps mais cela vaut la peine. De façon générale les familles ont répondu présentes. Nous avons eu 10% de refus. Internet fait encore peur et cristallise beaucoup de fantasmes. Nous nous sommes engagés auprès d’elles (c’est dans le document juridique) à les informer des projets de communication importants de la communauté et à les consulter une fois par an.
Nous tenions absolument à ce que sur le document juridique soit apposées deux signatures : celle du représentant légal et celle de la personne avec un handicap. Très soucieux que ceux qui ne voulaient pas signer soient respectés, nous sommes allés dans les foyers pour organiser des séances de signatures autour d’un petit café Nous ne voulions pas donner trop de solennité à l’événement.
Quels avantages avez-vous retirés en procédant de cette façon?
NF : Nous avons établi un rapport de confiance avec les personnes ayant un handicap qui vivent à l’Arche à Paris. Elles savent maintenant que nous n’allons pas jouer avec leur image.
L’idée c’est qu’elles se sentent sécurisées dans une communication maîtrisée. Par exemple, Catherine, une jeune femme qui adore être interrogée et filmée, ne veut pas que les films où elle est, soient diffusés en public.Nous avons donc un espace communautaire, un blog privé, où sont diffusées les vidéos communautaires qui ne sont pas destinées à l’extérieur. Quand on la filme, elle danse devant la caméra et ne se pose pas la question de la destination finale des images. Elle nous fait confiance. Vous voulez que je vous dise franchement ? Ça me fait plaisir…
Maintenant on va voir à la pratique. Il y a des personnes qui vous disent non le matin, puis oui le soir. Il va falloir être très vigilant pour ne pas s’accommoder de certaines réponses par facilité. Mais le revers de la médaille, c’est que nous essuyons des refus de la part de personnes handicapées, véritables professionnelles de la communication au charisme incroyable.
Tant pis ! C’est le jeu !
Visitez le site de la communauté de L'Arche à Paris au www.archeaparis.org
Ci-dessous le vidéo de la Fête des voisins tel que vous pouvez le trouver sur You Tube.
Chaque année depuis sa création en 2000, la Fête des Voisins suscite un élan national et européen sans cesse grandissant (22 pays partenaires, 5 millions de participants en France). L’événement est devenu un phénomène de société déclencheur de milliers de situations d’entraide spontanées. Mais aujourd’hui, face à la progression du repli sur soi et de l’indifférence, les participants de la Fête des Voisins veulent aller ensemble plusloin toute l'année en développant les solidarités de voisinage. L'Arche à Paris a été l'un des premiers partenaires de l'organisation à ses débuts.
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