Dès le bas âge Jonas a présenté des crises épileptiques qui l’ont empêché de fréquenter l’école et qui ont laissé des séquelles importantes. Une rumeur circulait dans son village prétendant qu’il portait un châtiment pour des fautes de ses ancêtres. Un programme de visites à son domicile par des assistants l’a retiré de son isolement. Puis Jonas a été invité à venir vivre à L’Arche de Chantal.
Il est rapidement devenu un des piliers de la communauté . Il savait créer des relations avec tout le quartier et aimait donner son concours à l’atelier dans la fabrication du beurre d’arachides. L’Arche est devenue sa véritable famille et sa prière allait souvent pour toutes les arches du monde et en particulier pour leurs membres qui avaient visité ou séjourné à Chantal.
Son épilepsie n’a jamais pu être complètement maîtrisé et il a perdu peu à peu ses acquis et son autonomie. Ses nombreuses chutes ont marqué son visage de blessures. Il avait des moments de colère et de révolte de ne pas pouvoir vivre comme tout le monde. Il parlait de plus en plus ouvertement en l’anticipant de son départ de ce monde. Cette réalité habitait souvent ses réflexions et il en faisait aussi ses prières.
Un jour, au cours d’une prière communautaire, on demande à tour de rôle aux membres présents de commenter une scène où Jésus ( Marc, 10 :51) pose cette question à un aveugle avant de le guérir : que veux-tu que je fasse pour toi? Au tour de Jonas, on lui demande s’il ne demanderait pas la faveur d’une guérison si cette question lui était adressée par Jésus... Et Jonas a répondu : en créole : Non, Jézi ap soutni’m. Ce qui veut dire : Non!... Jésus me soutiendra. Il était ainsi un homme de foi et d’accueil du réel.
Robert Larouche*
Robert est directeur de L'Arche d'Amos et l'un des fondateurs de L'Arche en Haïti. |