L'initiative que propose "1001 dessins" m'interpelle.
Lorsque j'ai rencontré Raphaël, Philippe avec qui j'ai commencé L'Arche, il y a presque 50 ans, ils vivaient dans une asile coupés du monde extérieur, sans occupation et sans espoir. Depuis, fort heureusement nos sociétés industrialisées ont changé. Ces institutions ont été fermées et les droits des personnes touchées par une déficience intellectuelle ont ouvert de nouveaux chemins. Mais, avons-nous ouvert nos coeurs pour autant? Avons-nous réellement changé notre regard sur elles et sur la déficience intellectuelle?
Le geste qui est proposé est d'une simplicité désarmante qui s'apparente à cette simplicité que je vis quotidiennement avec les personnes de L'Arche. Comme pour le geste du "lavement des pieds", il peut être choquant pour certains ou même gênant pour d'autres, mais il permet le passage si difficile de la tête vers le coeur. Calquer à partir d'une simple photo, les traits du visage d'une personne touchée par une déficience intellectuelle, c'est prendre le temps de la regarder et, d'utiliser de façon unique et originale l'espace virtuel de l'internet pour poser un geste de tendresse.
L'année dernière, après les évènements sanglants qui ont ébranlé le Kenya, j'ai visité la communauté de Saint Martin, un village rassemblant plus de 2000 personnes touchées par une déficience intellectuelle. Ils étaient la preuve vivante qu'un autre monde est possible. Un monde de générosité et d'entraide où la place de chacun quel qu'il soit et, quel que soit ses capacités, est reconnue.
Aujourd'hui, les hommes, les femmes et les enfants touchés par une déficience intellectuelle sont parmi les personnes les plus opprimées dans le monde. Dans les régimes totalitaires, les pays en guerre ou ceux qui sont dévastés par les désastres naturels, elles sont toujours les premières victimes. Elles sont aussi les premières à nous inviter à la tendresse. Je vous invite donc à poser le geste qui est proposé par "1001 dessins".
Jean Vanier
12 septembre 2008

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