RSSFlux RSS  NetvibesNetvibes  >> English
>> Jean Vanier
Ian Brown et Jean Vanier : une rencontre inévitable
Posté le 2008-04-28 12:28:51

Durant la semaine du 7 avril, le journaliste Ian Brown s'est rendu à Trosly pour mieux connaître L'Arche et rencontrer Jean Vanier. Lisez le compte rendu de cette visite.

Ian Brown, Walker Brown et L'Arche


Est-ce Walker Brown, le jeune garçon de 13 ans qui est au centre des articles parus dans le Globe and Mail et intitulés The Boy in the Moon, qui a conduit sans le vouloir son papa jusqu'à L'Arche? Ou, serait-ce L'Arche qui est allée à la rencontre de Ian Brown dans sa quête journalistique? Si vous n'avez pas encore lu les articles du Globe and Mail, nous vous encourageons à les lire. Peut-être penserez-vous ensuite que la rencontre était inévitable.

Tout a commencé ...

En décembre, suite à la parution de The Boy in the Moon dans trois cahiers hebdomadaires consécutifs de l'édition spéciale du samedi du Globe and Mail, nous avons pris contact avec l'auteur et journaliste, Ian Brown. Il y avait en quelque sorte trop de parallèles entre ces articles et avec Jean Vanier et L'Arche pour ne pas le faire. Suffit de mentionner les deux points suivants pour les illustrer.

- La question la plus importante aujourd'hui est sans nul doute la valeur que nous accordons à la vie humaine des personnes les plus handiapées.

- Si je peux faire comprendre que la vie brisée de Walker est essentielle à notre bien-être à tous alors je sais que les gens sauront prendre soin de lui.


L'Arche à Montréal

Quelques semaines plus tard, calepin en main, le journaliste Ian Brown se présentait à L'Arche Montréal. Jocelyn était là pour l'accueillir et Robert Larouche pour essuyer les premières questions. Quels sont les principes fondamentaux de L'Arche? demanda Brown. Robert répondit avec élégance et clareté comme l'aurait fait Jean Vanier. Puis, avec son large sourire et sans transiton, il invita le journaliste à la messe communautaire. Surpris, celui-ci eut une hésitation.

Ici, ouvrons une parenthèse pour expliquer qu'à la fin de ces articles, Ian Brown mentionne la dimension spirituelle de L'Arche. Il en parle comme s'il aurait aimé la partager, souhaitant sans doute y trouver un sens ou un apaisement devant le mystère et la souffrance de son propre fils. Je ne peux pas comme Jean Vanier, écrivait-il, voir le visage de Dieu souffrant dans ces personnes, mais je peux par contre voir toute la souffrance du monde dans celui de mon fils. Si cette dernière phrase ne touche pas au spritiruel, on pourrait dire tout au moins que nous en sommes proches.

Robert avait donc bien senti l'hésitation et, avant de nous quitter, il voulut préciser sa pensée. Ce n'est pas tant à la messe que je vous invite mais à l'un des plus beaux rassemblements de notre vie ensemble. Présenté sous cet angle, Ian Brown n'a plus hésité. Encore une fois, calepin en main, il a tout noté. Plus tard, pour exprimer combien cette célébration l'avait touché, il emploiera le mot “incarnation” : Je n'ai jamais vu, dira-t-il, une messe aussi “incarnée”.

Plus tard, c'est autour de la table du foyer de l'Esquif que la soirée s'est terminée. À la bonne bouffe se mélangèrent la grâce et les rires. Ce fut l'occasion pour Ian Brown de faire la connaissance de Jimmy, Jadwiga, Isabelle, Marc et Nathalie et, pour nous, d'en apprendre un peu plus sur Ian et sur son fils Walker.


Pendant ce temps ...


Pendant ce temps, les articles parus dans le Globe and Mail suscitent de l'intérêt dans certaines communautés de L'Arche. Durant les semaines qui suivent leur parution et, sans qu'il y ait eu concertation, Ian reçoit d'autres invitations venant d'autres communautés.

Les articles peuvent être lus sur le site web du Globe and Mail. Des photos et des vidéos de Walker y ont été ajoutés. Il y a entre autre ce premier vidéoclip, celui que l'on retrouve dès le premier chapitre et qui donne le ton au 15 chapitres suivants. Si vous n'avez pas le temps de lire les articles, il suffit de le regarder pour être touché par la densité humaine qui y est exprimée.

Latimer vs Brown


Pure coïncidence mais les articles ont paru au moment même où Robert Latimer se voyait refuser sa première demande de libération conditionnelle après dix années de prison pour le meurtre par compassion de sa fille. On ne peut s'empêcher ici de faire un autre parrallèle. Il touche cette fois deux hommes confrontés à la même douleur, à la même impuissance.

Dans le premier vidéoclip, on entend Ian dire la chose suivante:

Il y a beaucoup de parents d'enfants handicapés qui affirment qu'ils ne changeraient pas leur enfant pour rien au monde. Si je pouvais par miracle changer Walker pour un autre enfant, aussi ordinaire soit-il, je n'hésiterai pas un instant.Voilà, une affirmation qui dérange. On voudrait désapprouver. On imagine la suite ... Mais, poursuit-il, je ne le changerais pas pour moi, mais pour Walker parce que , je pense, la vie de Walker est extrêmement dure et difficile.

Il y a dans cette façon de raconter, de mettre en scène la vie, de mettre en images le quotidien et de nous toucher, quelque chose qui rappelle étrangement les récits de Henry Nouwen. Comme chez Nouwen, le quotidien coule devant nos yeux avec autant de simplicité que de familiarité. J'étais allé, écrit Ian, au ballet avec ma fille Elsie. La chorégraphie de Jerome Robbins était si belle que j'ai senti les larmes couler sur mes joues. Point à la ligne. On se retrouve en suspend. Prochain paragraphe, le texte continue : La beauté de Walker aussi peut me faire pleurer ....

Jean Vanier, le penseur le plus important

Au 15ème chapitre pour conclure cette série d'articles, Ian Brown fait allusion à L'Arche et à Jean Vanier. Il a lu le dernier livre de Jean, Our Life Together, et l'a présenté à son émission radiophonique hebdomadaire Talking Books sur CBC Radio One. Jean, dit-il, est probablement le plus important penseur actuel sur la question de la déficience intellectuelle.

Il ajoute à propos du modèle de L'Arche : Plutôt que d'intégrer la personne handicapée dans le monde normal, il appelle des gens à s'intégrer dans le monde des personnes handicapées et de vivre avec elle, parce que de cette façon, nous avons plus à apprendre.

Il y a de l'originalité dans ce dernier commentaire. Il y a d'ailleurs belle lurette que l'on ne décrit plus L'Arche en ces termes. Oublions, le vocabulaire politiquement incorrect, l'arrangement des mots touche à la fois l'orginalité et la radicalité de L'Arche. La remet dans son premier contexte. Pourtant, le commentaire ne fait pas l'unanimité. Nous recevons à L'Arche Canada quelques lettres indignées. Certains parents qui ont lutté et peiné pour l'inclusion, y voit un appel à la ségrégation, un retour à l'institutionalisation. Jean Vanier est faussement représenté. On nous demande de prendre position. Nous recevons même une lettre qui demande à ce que Jean Vanier lui-même corrige publiquement ce commentaire du journaliste.

Nous mettons une correction sur le site web officiel de L'Arche et, nous retenons l'idée. Elle pourrait être bonne, peut-être même excellente en la changeant un peu. Une interaction entre les deux hommes pourraient être intéressante. Ian Brown serait-il prêt à engager un dialogue publique avec Jean? Et Jean, qu'en dirait-il? Et même, s'il se montrait intéressé, en aurait-il le temps?


Le débarquement


Il suffit de constater l'agenda du 4, 5 et 6 avril du fondateur de L'Arche pour renifler la difficulté logistique de l'opération. Conférence au Sénat, table ronde avec Patrick Poivre D'Arvor et Mme Fugain, invitation à parler à l'Assemblée générale de L'Arche à Paris, une remise de médailles, deux conférences dans des lycées français, un enregistrement pour une école d'Edmonton, et une rencontre d'ALT dans sa propre communauté de L'Arche de Trosly. Tout ça en un trois jours.

Le lendemain matin, 7 avril, Ian Brown débarque à Paris. Les gens de La Ferme font le taxi. Il explique qu'il est un rover, c'est ainsi qu'on qualifie les journaliste de son acabit. Par définition, un rover est un nomade. En jargon journalistique, ça veut dire qu'il n'a pas à écrire un article par jour ou par semaine et qu'il peut écrire quand il veut, comme il veut et sur ce qu'il veut. Un grand reporter, quoi! Il allume une cigarette. Pendant un instant, on dirait Clint Eastwood.

Il rencontrera Jean en après-midi et encore une fois, le 8 avril, juste avant son départ pour le Kenya. Jean a été préparé à cette rencontre. Il sait déjà que ce journaliste possède la dextérité d'un Henri Nouwen et la densité humaine d'un Paul Rancourt ou d'un David Rothrock. Il sait aussi qu'il ne s'agit pas de faire un article sur lui et d'ajouter un autre article à tous les autres où serait redit en d'autres mots ce qui a été mille fois écrit jusqu'ici. D'ailleurs, ce n'est pas de L'Arche que Jean veut parler et encore moins de lui mais de la vie à L'Arche, des personnes qui l'entourent et de ce qui les unit et les fait vivre.

Et. ce n'est pas si simple. Toutes ces choses dont Jean aimerait parler se disent difficilement en quelques mots, sur deux colonnes de journal. Il s'agit de trouver une formule qui conviendrait à Jean et aux propos qu'il veut tenir et qui s'étirerait dans le temps, préférablement dans un dialogue public. Trouver la formule. Celle qui conviendrait à ses 80 ans, à son horaire surchargée et, surtout à son désir d'anonymité car, depuis un certain temps, Jean désire réduire toutes les demandes d'invitation qui lui parviennent du Canada et qui lui viennent justement de cette visibilité médiatique.

La table est mise


À ce point-ci, la table est mise et entrent en scène quelques amis priants. On peut croire ou ne pas croire à la force de la prière mais il devient évident que les probablités de réussite sont minces et qu'il vaut mieux tout remettre entre les mains de Dieu. Celui-ci saura bien trouver son chemin si l'un et l'autre doivent faire un bout de chemin ensemble, en empruntant la finesse de Jean et la sensibilité et la créativité de Ian.

Jean est merveilleux. La très grande fatigue qui se lisait sur son visage, il y a quelques jours, est disparue. Malgré ses 80 ans, il semble récupérer très rapidement. Ian, quant à lui, cherche à confirmer dans cette première rencontre le chemin qu'il a parcouru avec Walker.

Les articles publiés dans le Globe and Mail ne sont qu'un aperçu du livre qui sortira sous le même nom en janvier prochain à Random House. Jean est vif, présent, intéressé, il parle abondamment et de choses dont il ne parle pas habituellement. La confiance s'est installée, le coeur à coeur est réussi. Ian Brown ne pouvait espérer plus juste accueil.

La grande question aujourd'hui


Aujourd'hui, Ian a interviewé Dominique au foyer de L'Arche. Il parle d'une longue histoire de conflits et de violence entre un fermier du village, Monsieur Potté, et la communauté de Trosly. Il raconte comment un jour n'ayant trouvé personne pour garder son lapin alors qu'il partait en vacance, il est allé frapper à la porte de ce dernier pour s'occuper d'Oscar. Il explique à Ian comment ceci fut le début d'une amitié et la fin de longues tensions. À la fin de sa vie, à l'hôpital avant de mourir, Monsieur Potté a d'ailleurs fait venir son ami Dominique pour le revoir une dernière fois.

Son histoire est spectaculaire et montre avec force ce que peut-être la contribution des personnes touchées par la déficience intellectuelle. Mais comment parler de la contribution de ces hommes et de ces femmes, les Walker, Adam ou Gégé qui ne savent même pas raconter? Voilà, le défi que s'est donné Ian Brown.

Les journalistes aiment à penser qu'ils peuvent faire parler n'importe qui. Cette prétention est fondée non sur une technique particulière mais sur la conviction profonde que chacun de nous avons quelque chose de tout à fait unique à dire. Ce qu'il y a de particulier dans cette rencontre entre Ian et Jean est que tous deux ont quelque chose d'unique à dire et que, de ce dialogue public un nouvel éclairage soit donnée en particulier sur les personnes touchée par une déficience intellectuelle très grave. The most important question today is what is the value of a handicapped life ...

À la condition que ...

Jean est d'accord à la condition que ... À la condition que tout cela commence dans la petitesse, sans prétention. À la condition qu'il puisse dans cette échange parler de ceux qui l'entourent. À la condition, que ce soit la vie et les valeurs simples du quotidien qui soient le fil rouge qui lie ce dialogue qui les mènera Dieu sait où. Et, si tout va bien, à partir de septembre, leurs échanges paraîtront mensuellement dans les pages du Globe and Mail.

La semence

La Semence est un foyer MAS. En France, cela signifie que c'est pour la “clientèle lourde”. C'est dans un foyer comme celui-ci que se retrouverait Walker s'il était à L'Arche. Mercredi soir, 9 avril, c'est la soirée-foyer dans cette maison qui fut notre terre d'accueil durant ce court séjour. Pour nous, c'est aussi la soirée-adieu.

Le porto coule à flot et pas seulement dans les verres des assistants. Nous sommes un peu surpris. Ordonnance du psychiatre, nous dit-on. Patrick Mathias avait bien fait comprendre à l'équipe que la vie des “copains” (c'est comme ça qu'on les appelle ici), était assez dure pour que l'on lève cette restriction médicale afin de vivre dans la joie et la communion ces moments privilégiés de convivialité.

La soirée se termine par la prière. Gégé, recroquevillé sur sa chaise, semble ailleurs. Y a-t-il quelqu'un derrière ces apparences? Y a-t-il "a boy in the moon" ? On pourrait en douter. Ian observe Gégé. Son visage traduit une émotion profonde. Il se pose la même question. La même question qu'il s'est 1000 fois posées pour Walker ...

Garry se lève pour amener Gégé au lit. Il dépose sur la table devant lui, trois bidules en chiffon, chacun attaché à une petite corde. Gégé se lève, s'arrête devant la table, semble délibérer un moment et en choisit un pour la nuit. L'étrange manifestation de ce simple choix où a pointé l'ombre d'un désir, dissipe tout à coup le doute qui s'était installé.

Lettres à un jeune poète

Le doute, celui qui alterne avec la foi, douloureux, certes, permet chez certains d'approfondir le sens de la vie et les rend plus humains. On peut penser à Franz Kappus. Jeune homme doutant de sa poésie qui écrivit au fameux poète Rainer Maria Rilke en 1903.

Il s'adresse à Rilke comme à un confident susceptible de l'aider à surmonter le doute qui le tenaille. Il s'ensuit un échange de lettres où Rilke, humble et magistral à la fois, aborde tous les grands sujets de l’existence : l’amour, la mort, Dieu, la solitude … Les lettres à un jeune poète, se révèlent être un « guide spirituel » qui connaîtra un succès éditorial mondial qui ne s’est jamais démenti depuis.

Souhaitons qu'il y ait de cela dans la correspondance qu'entretiendra Ian Brown avec Jean.

------------------------------------------
Jean-Louis Munn, 12 avril 2008

 

Commentaire :

J'ai trouvé le compte rendu de cette rencontre entre Ian, Jean et Jean-Louis très touchant. Il fait vraiment écho à ce que Jean a partagé lors de la rencontre de l'été dernier sur l'anthropologie de L'Arche  à propos de la nécessité de créer des liens avec des personnes ou des organisations qui sont sensibles à L'Arche et qui réfléchissent dans le même sens. Il me semble que cette rencontre peut porter beacoup de fruits et j'espère qu'elle permettra à faire connaître L'Arche à plus de gens grâce à ces articles.

Pamela Cushing

rubriques
Jean Vanier et la Commission parlementaire canadienne sur les soins palliatifs et de compassion
Posté le 2010-11-24 17:08:56
C'est dans le cadre des consultations entreprises par la Commission parlementaire canadienne sur les soins palliatifs que Jean Vanier a écrit la lettre qui suit sur les soins...
Vidéo de Jean Vanier : Pourquoi ne faut-il pas tout spiritualiser ...
Posté le 2008-02-21 11:16:09
Entretien hebdomadaire en vidéo avec Jean Vanier sur le site Omega.tv Après Comment réagir au handicap de son enfant, nous vous présentons cette semaine Pourquoi...