Conclusion
La déficience intellectuelle, un défi à l'imaginaire social
J’aimerais conclure avec un dernier exemple d’imagination et comment elle doit toujours ramener à l’action, ou ce que j’appellerai ici les habitudes pratiques.
La plupart d’entre vous connaissent le conte pour enfants classique de Saint-Exupéry, Le petit prince. Il nous raconte l’histoire d’un petit garçon qui aime fidèlement son unique rose et en prend soin très longtemps, même si la rose n’est pas particulièrement gentille ou reconnaissante. Au cours de son voyage, le petit prince voit des milliers d’autres roses et pendant un moment se sent naïf d’avoir considéré sa rose si spéciale.
Toutefois, avec le temps, il se rend compte qu’en dépit des apparences, sa rose est unique et spéciale parce qu’ils appartiennent l’un à l’autre – ils ont vécu des choses ensemble et se sont façonnés l’un l’autre.
Je me souviens d’une discussion que j’ai eue au sujet de cette partie de l’histoire avec un nouvel assistant de L’Arche Trois-Rivières, il y a plusieurs années. Il ressentait, et je partageais son sentiment, que cela résonne avec notre expérience à L’Arche – qu’elle nous transforme notamment parce que nous apprenons à connaître des individus et développons des pratiques qui approfondissent ces relations.
À L’Arche, vous encouragez et donnez lieu à trois importantes habitudes pratiques : la présence, la patience et la réceptivité aux autres.
Cultiver ces habitudes pratiques est une manière de modifier les contours de ce que les assistants conçoivent comme possible dans les soins, les relations au-delà des différences et la vie communautaire en général.
Les personnes accueillies vous font le don d’être ouverts à votre capacité imparfaite d’incarner ces principes lors de votre arrivée – il vous donnent un espace pour grandir.
Lorsque vous cultivez ces habitudes pratiques dans votre manière d’être, votre cadeau en retour – lorsque vous êtes présents, ouverts et réceptifs, même imparfaitement, ce que vous faites advenir est radical. Ces habitudes pratiques font partie de ce qui fait de vous davantage qu’une agence de services.
Je vous laisse avec une invitation à poursuivre cette conversation ensemble – à penser à comment nourrir votre imagination mais aussi à mettre en actes ce que vous avez appris et imaginé – à disséminer et partager ces expériences et apprentissages.
Voici quelqu’un que l’on pourrait considérer comme un sujet de test décisif dans le partage de vos récits : Robert Latimer. Il a été libéré il y a quelques mois et a fait savoir qu’il croit toujours avoir bien agi en tuant Tracy, sa fille handicapée, et qu’à sa sortie il continuera le lobbying commencé en prison pour changer le statut légal de son acte.En d’autres termes, modifier les ramifications légales de l’assassinat de personnes handicapées dans certains contextes. Bien sûr, il est facile dans notre situation de réagir par réflexe à sa position et de le condamner comme incorrigible. Mais je me demande si vous pourriez imaginer une approche différente.
Jean est connu pour ne jamais juger les parents qui abandonnent leurs enfants avec une déficience et pour insister sur le fait que personne ne sait ce qu’ils feraient dans leur situation. Dans cet esprit, pourquoi ne pas trouver des moyens d’inviter Robert Latimer dans votre monde – trouver une approche constructive et sans jugement pour entrer en relation avec lui. Pour communiquer avec lui sans condamner ce qu’il a fait ou ce qu’il semble croire, mais plutôt l’inviter à une nouvelle expérience et, espérons-le, au dialogue.
La nouvelle expérience que vous lui offririez serait de lui expliquer que dans vos communautés, des gens vivant dans des conditions similaires à celles de Tracy Latimer ont trouvé un lieu de bonheur et d’appartenance au monde, et sont une source d’inspiration et d’amitié pour ceux avec qui ils vivent.
Une part du dialogue serait de partager ensemble à propos de qui était Tracy et ce qu’elle a vécu. Quelles souffrances a-t-elle vécu? Dans quelle mesure les médecins ont-ils senti qu’elles pourraient être apaisées? Quels genre de soutien avaient-ils ou leur manquait-il pour les soulager? Quels furent les facteurs qui menèrent Robert à ne plus entrevoir d’avenir pour sa fille? Cela ne fonctionnera que s’il ressent que vous souhaitez sincèrement l’écouter, apprendre de lui et partager avec lui votre histoire.
Je me demande s’il serait possible de lui écrire – plusieurs lettres de personnes différentes mais toutes dans un esprit constructif d’invitation. Ce n’est qu’un exemple, mais je crois qu’il poursuit l’idée de L’Arche de « changer un cœur à la fois ».

Merci beaucoup de m’avoir accordé le privilège de partager mes idées lors d'une fin de semaine d'assistants à L'Arche Daybreak, à l'automne dernier et de pouvoir les reprendre avec vous dans le Point de rencontre.
Sincèrement - Pamela
Pamela.cushing@uwo.ca
|